Transformer une vigne : de la chirurgie de haute précision à ciel ouvert
Dans notre dernier article, on vous expliquait pourquoi le format "Gobelet" devenait intenable économiquement pour travailler nos sols sans chimie. La solution ? Le palissage.

Dans notre dernier article, on vous expliquait pourquoi le format "Gobelet" devenait intenable économiquement pour travailler nos sols sans chimie. La solution ? Le palissage.
Mais attention, on ne claque pas des doigts pour changer la forme d’une plante de 60 ans. C’est un travail titanesque, risqué et coûteux. Voici comment on procède au Domaine Bugnazet.
1. L'investissement (lourd) D'abord, il faut planter le décor. Littéralement. On pose des piquets, on tire des fils pour définir des rangs stricts. Pour vous donner une idée, restructurer 20 ares (2 000 m²) de notre Moulin-à-Vent nous a coûté plus de 10 000 € (arrachage, drains, fertilisation, plantation, palissage). C'est cher, mais c'est toujours moins que d'arracher et replanter entièrement (environ 35 000 €/ha + 4 ans sans récolte). Alors, on tente la transformation.
2. La chirurgie : couper les cornes C’est là que ça se corse. Une vigne en gobelet a des bras (des "cornes") qui partent dans tous les sens. Pour la faire rentrer dans le rang et la monter sur fil (à 50 cm du sol), il faut couper ce qui dépasse. C’est un crève-cœur et un risque énorme. Chaque coupe est une plaie ouverte. Si on coupe trop d'un coup, le cep peut mourir, ou attraper un champignon (l'esca, sorte de septicémie de la vigne).
3. Le secret de la sève Pour limiter les risques, nous avons une technique précise : nous coupons au moment du débourrement (au printemps), quand la sève monte fort. Pourquoi ? Parce que la sève qui s'écoule va naturellement "laver" la plaie et empêcher les maladies d'entrer. C'est l'antiseptique de la nature.
4. La patience On ne peut pas tout couper la même année. On y va par étapes, sur 3 ans. On enlève une corne, on attend que la vigne refasse du bois, on monte une baguette... Pendant cette transition, on perd 30 à 40% de rendement. La vigne est choquée, elle produit moins.
C'est un pari sur l'avenir. Chaque cep transformé est un cep sauvé de l'arrachage, qui pourra être cultivé proprement, mécaniquement, pour les décennies à venir. C'est ça aussi, être vigneron : penser à la vigne qui sera là quand nous, nous ne serons plus là.
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