20 May 2026
Un vin pour lâcher prise
Le Rendez-Vous est notre Beaujolais-Villages rouge : gamay pur, tanins fondus, un vin que l'on ouvre sans prétexte et que l'on finit sans regret
Il y a une catégorie de vins que les amateurs sérieux n'admettent pas toujours volontiers : le vin que l'on boit sans y réfléchir. Pas parce qu'il est mauvais, au contraire. Mais parce qu'il ne réclame rien. Ni carafe, ni verre particulier, ni température précise à un degré près, ni explication à table. Il est là, il est bon, et c'est amplement suffisant.
Le Rendez-Vous est ce vin. Et défendre cette catégorie me semble aussi important que de défendre les grandes bouteilles.
Le gamay dans son expression la plus directe
Le gamay est un cépage qu'on a longtemps mal compris. Pendant des siècles, il a été opposé au pinot noir, un peu comme on comparerait une aquarelle à une huile sur toile avec l'idée que l'une est moins sérieuse que l'autre. Cette hiérarchie est fausse, et le Beaujolais l'a démontré depuis longtemps. Le gamay, sur les bons sols, produit des vins d'une légèreté et d'une franchise aromatique que peu de cépages atteignent.
Sur les Beaujolais-Villages, les sols sont variés : granite, argile légère, quelques passages sur des schistes. Cette diversité donne au gamay un espace d'expression plural. Le Rendez-Vous est vinifié pour mettre en avant ce que le cépage sait faire de mieux : des fruits rouges nets et juteux, une acidité fraîche qui donne soif, des tanins si fondus qu'ils ne se perçoivent presque pas.
C'est un vin construit sur la désarmance. Il ne cherche pas à impressionner.
L'art de boire bien sans effort
Il y a un paradoxe dans la culture du vin : plus on s'y intéresse, plus on a de mal à boire simplement. On cherche les défauts, on analyse les tanins, on évalue l'équilibre. Ce n'est pas une mauvaise chose en soi, mais cela peut devenir une façon de ne plus goûter vraiment.
Le Rendez-Vous propose une autre expérience. Sa franchise aromatique, cerises, framboises, une touche de poivre blanc en fin de bouche, ne laisse pas grand-chose à analyser, mais elle laisse beaucoup à apprécier. La différence est importante. Un vin que l'on analyse, on le juge. Un vin que l'on apprécie, on le boit.
Cela ne veut pas dire que le vin est simple au sens d'une production standardisée. La vinification est soignée, le choix des parcelles est rigoureux, et la main d'Emilien est perceptible dans la netteté du résultat. Mais la sophistication du travail ne cherche pas à se montrer dans le verre. Elle cherche à disparaître, pour que le plaisir reste seul.
Les accords qui lui ressemblent
Une planche de charcuterie est l'accord le plus évident et l'un des plus justes. Rosette de Lyon, jésus de Morteau, saucisson sec aux herbes : les graisses et les sels répondent parfaitement à l'acidité fraîche du gamay. Pas de calcul, pas de règle à retenir.
Un pique-nique estival est son terrain naturel. Le Rendez-Vous se sert légèrement frais, entre 13 et 15 degrés, ce qui en fait un compagnon idéal pour les repas en extérieur. Un camembert affiné, du pain de campagne, quelques radis beurrés et quelques tomates cerises : le vin tient ce registre avec une aisance qui ferait pâlir des bouteilles dix fois plus chères.
Pour les repas de semaine, pasta au basilic, risotto aux champignons, pizza maison, le Rendez-Vous est la réponse la moins compliquée et souvent la meilleure. Il ne cherche pas à dominer ces plats. Il leur apporte une dimension que l'eau ne peut pas donner.
Pourquoi ce vin mérite sa place dans une cave sérieuse
Il serait tentant de réserver le Rendez-Vous aux occasions informelles et de penser que les "grandes" bouteilles sont pour les grandes occasions. Ce serait se priver de quelque chose.
Les meilleurs repas ne sont pas toujours les plus solennels. Les conversations les plus mémorables n'ont pas toujours lieu autour d'une table dressée. Les vins qui accompagnent le quotidien finissent par lui appartenir d'une façon que les vins de cérémonie n'atteignent pas.
Garder quelques bouteilles de Rendez-Vous dans une cave n'est pas un choix de facilité. C'est reconnaître que le plaisir régulier, bien fait, vaut autant que l'événement exceptionnel.
→ Découvrir Rendez-Vous
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